Dix pères ont pris un congé prolongé pour s’occuper de leur bébé : comment leur vie de famille a changé
Le gouvernement britannique a lancé une révision majeure du congé parental en juillet 2025, avec des recommandations attendues début 2027.
Une question est au cœur de l’étude : quelle différence le congé parental apporte-t-il à la vie familiale ?
Nos nouvelles recherches suggèrent que les effets peuvent durer des années. Les pères qui consacrent du temps à s’occuper principalement de leur enfant deviennent des parents plus impliqués, développent une compréhension plus profonde des soins et peuvent contribuer à créer des opportunités de carrière plus égales au sein des familles.
Pendant cinq ans, nous avons suivi dix couples où le père prenait une période de congé parental et devenait le principal responsable de l’enfant pendant que la mère retournait au travail.
Les hommes ont pris un congé parental partagé (SPL), un programme britannique qui permet aux mères (ou aux adoptantes principales) de réduire leur droit au congé de maternité afin qu’un partenaire puisse prendre le congé restant. Le système a fait l’objet de critiques soutenues en raison de sa complexité, de ses critères d’éligibilité restrictifs et de la faiblesse des salaires légaux.
Le recours au SPL est estimé à seulement 5 % des pères éligibles, soit 2 % de tous les pères qui travaillent. Il est largement admis qu’il faut favoriser les couples professionnels à double revenu, qui constituent également le segment le plus susceptible de bénéficier d’une rémunération majorée de la part de leur employeur.
Apprendre à devenir le principal soignant
Les pères ont déclaré que s’occuper seuls de leur enfant les aidait à prendre confiance en eux, à développer des compétences pratiques et à mieux comprendre les réalités de la garde quotidienne des enfants. Il est important de noter que ces expériences s’étendaient au-delà de la garde d’enfants elle-même. Les pères se sont également davantage impliqués dans le travail domestique, souvent invisible, nécessaire au bon déroulement de la vie familiale.
Un père a décrit comment, après avoir terminé ses « trois mois de papa seul », il a intégré le travail domestique dans sa routine de travail à domicile :
Cela prend dix minutes pour déjeuner et 50 minutes pour trier le lave-vaisselle, mettre le linge et le sécher, ranger les vêtements, changer le lit des garçons… quel que soit le travail du jour.
Et les mères ont également reconnu l’importance pour les pères d’avoir la possibilité d’être parents seuls : « être laissés à eux-mêmes et être autorisés à le faire ».
Mais les pères ne se contentaient pas de tâches pratiques. Beaucoup ont également décrit devenir responsables de la planification et de l’organisation qui sous-tendent la vie familiale.
Une attention croissante a été accordée à la charge mentale : la planification, l’organisation et l’anticipation nécessaires au bon fonctionnement d’un ménage. Ce travail caché est souvent inégalement réparti et est considéré comme un contributeur majeur au stress et à l’épuisement professionnel des femmes.
Les pères de notre étude ont décrit comment le fait de s’occuper seul de ces responsabilités mettait davantage l’accent sur ces responsabilités. Comme le dit un père :
Le sevrage ne consiste donc pas simplement à savoir comment allons-nous passer ce repas, mais avons-nous suffisamment de nourriture pour tous les repas de la semaine ?
Grâce à ces expériences, les pères ont acquis une compréhension plus profonde du travail cognitif et émotionnel, souvent invisible, qu’implique la prise en charge d’une famille. L’un d’entre eux a décrit s’occuper d’un enfant comme « un travail très dur ». « Je ne pense pas que l’on puisse comprendre à quel point c’est difficile tant que l’on ne l’a pas fait à plein temps », a-t-il déclaré.
Ce que cela signifie pour la carrière des mères
Nos résultats suggèrent que le congé des pères peut avoir des conséquences importantes sur la carrière des femmes.
Les mères britanniques continuent de subir d’importantes pénalités liées à la maternité. Des chiffres récents suggèrent qu’en moyenne, les femmes gagnent 1 051 £ de moins qu’avant l’accouchement, cinq ans après avoir eu un enfant.
Dans notre étude, les couples considéraient les décisions de carrière comme une responsabilité partagée. Plutôt que de donner la priorité à la carrière d’un partenaire de façon permanente, ils ont ajusté les priorités à différentes étapes de la vie familiale. Soulignant l’importance du travail flexible, certains couples ont réduit ou modifié leurs horaires de travail. Dans d’autres cas, les couples se soutenaient à tour de rôle dans leurs ambitions professionnelles.
Une mère a expliqué comment les soins de son partenaire lui ont permis d’obtenir une promotion importante :
Je ne suis même pas sûr que j’aurais été assez courageux [without SPL] avoir opté pour un travail de cette nature.
Plus tard, la balance a changé. Une fois la carrière de la mère établie, le couple s’est concentré sur l’accompagnement de la promotion du père.
Les pères qui avaient passé du temps comme principaux dispensateurs de soins étaient également plus susceptibles de parler ouvertement de leurs responsabilités en matière de soins au travail. Cela remet en question les hypothèses traditionnelles selon lesquelles la parentalité devrait rester séparée de la vie professionnelle et met en évidence la manière dont la prestation de soins peut faire partie de l’identité professionnelle des pères.
Le Royaume-Uni est à la traîne par rapport aux autres pays
Les pères britanniques ne bénéficient actuellement que de deux semaines de congé de paternité légal. La comparaison avec de nombreux pays européens est défavorable. L’Espagne offre 16 semaines de congé réservées aux pères, tandis que le Danemark, la Suède et le Portugal offrent également un soutien nettement plus important que le Royaume-Uni.
Des données internationales suggèrent depuis longtemps que des congés bien rémunérés et réservés aux pères augmentent le recours à ce congé et encouragent une plus grande implication dans la garde des enfants. Nos recherches montrent que les avantages ne se limitent pas aux mois qui suivent immédiatement la naissance, mais peuvent influencer les relations familiales, les modes de prestation de soins et les opportunités de carrière pendant des années.
L’examen du gouvernement offre l’occasion de penser au-delà du congé après la naissance et de garantir qu’un plus grand nombre de familles soient en mesure de faire des choix en matière de congé. L’élargissement du congé des pères n’est pas simplement une question d’équité au moment de la naissance. Il s’agit de créer des opportunités permettant aux pères de devenir des soignants confiants, de soutenir la carrière des mères et de jeter les bases d’une parentalité plus égalitaire à long terme.
