Une nouvelle étude établit un lien entre les faibles revenus, le stress des parents et le comportement des enfants : un meilleur soutien apporterait des bénéfices à vie
La pauvreté est depuis longtemps reconnue comme un facteur crucial qui entrave le développement des jeunes enfants. Vivre dans la pauvreté peut nuire à la santé, à la vie sociale et à l'éducation d'un enfant tout au long de sa vie.
Mais on en sait beaucoup moins sur la manière dont le revenu affecte les enfants via son effet sur leurs parents.
En Aotearoa Nouvelle-Zélande, 12,5 % des enfants vivent dans des conditions de précarité matérielle, ce qui signifie que leurs ménages sont privés de certains biens essentiels en raison du coût.
Notre nouvelle étude a examiné si un revenu familial plus élevé contribue à soutenir le développement comportemental des enfants. Cela est important, car le développement comportemental (ou social et émotionnel) des enfants constitue la base d'une santé mentale positive et d'une réussite scolaire à long terme.
Nos résultats soulignent l’importance d’encourager les parents à s’engager auprès des enfants d’âge préscolaire. L’un des principaux moyens d’y parvenir est de réduire la pauvreté et le stress parental.
Revenus et comportement
Pour mieux comprendre les liens entre la pauvreté infantile et le comportement, nous avons utilisé les données de plus de 6 000 mères néo-zélandaises et de leurs enfants dans le cadre de l’étude Growing Up in New Zealand. Nous avons suivi les enfants depuis la grossesse jusqu’à l’âge de huit ans.
Nous avons examiné les mêmes familles au fil du temps, puis nous avons déterminé ce qui était à l’origine des différences de développement comportemental entre les enfants issus de familles à revenus élevés et à faibles revenus.
Nous avons notamment étudié le développement social et émotionnel des enfants en examinant un score combiné reflétant leurs problèmes de conduite, d’hyperactivité, d’émotion et de relations avec leurs pairs, tels que rapportés par leurs mères.
Les enfants ayant des scores élevés peuvent avoir des problèmes dans des domaines tels que l’amitié et l’attention à l’école, et ces problèmes peuvent être un signe avant-coureur de futurs problèmes de santé mentale.
Nos résultats ont montré que pendant les périodes où le revenu familial était plus élevé, les enfants avaient moins de problèmes de comportement signalés que pendant les périodes où le revenu était plus faible – mais seulement pendant les années préscolaires.
Un revenu familial plus élevé semble favoriser le développement social et émotionnel précoce des enfants et prévenir les problèmes de comportement. Mais pourquoi ?
Le rôle des adultes
Durant les années préscolaires, les interactions aller-retour (appelées « service et retour ») entre les adultes et les enfants sont considérées comme cruciales pour le développement du cerveau des enfants.
Et dans nos modèles, les facteurs à l’origine des différences dans les scores de développement comportemental préscolaire sont ceux liés à la relation mère-enfant.
Certains des facteurs les plus importants étaient les différences dans le stress des mères et dans les comportements parentaux liés au stress, comme les cris et les disputes avec les enfants.
Bien que faire face à de petits défis dans un environnement favorable soit bon pour le développement des enfants, il a été démontré qu'être constamment exposé à un environnement stressant pendant ces années de développement connecte le cerveau des enfants de manière malsaine.
Les mères ayant les revenus les plus faibles ont des niveaux de stress plus élevés. Lorsque nous avons examiné les causes de ces différences de stress entre les groupes de revenus, nous avons découvert que la santé maternelle et les problèmes de logement, comme les déménagements fréquents, étaient les facteurs déterminants.
Dans l’ensemble, un revenu plus élevé semble réduire le stress et créer un espace pour une parentalité plus engagée, ce qui profite au développement social et émotionnel des enfants.
Comment la technologie s'intègre-t-elle ?
Nous avons également constaté des différences importantes dans le temps passé par les enfants devant un écran et dans la lecture avec leurs parents.
Lorsque nous avons comparé les enfants à eux-mêmes à différents moments dans le temps, une utilisation accrue des écrans était associée à davantage de problèmes de comportement à deux ans et quatre ans et demi, mais pas à huit ans.
L’utilisation des écrans explique également certaines des différences dans les problèmes de comportement entre les groupes de revenus – mais elle fait partie d’un tableau plus large et ne doit pas être considérée de manière isolée.
Mais tout est une question d’équilibre. En Aotearoa, les parents n’ont souvent pas de soutien pratique au quotidien (comme la famille élargie) pour les aider à s’occuper de leurs enfants. La technologie peut être le seul moyen pour certains parents de se reposer.
Investir dans les parents pour aider les enfants
Bien que nos résultats plaident clairement en faveur d'une augmentation des revenus pour encourager le développement social et émotionnel des enfants, cela ne signifie pas nécessairement qu'il faille encourager toutes les mères à retourner au travail. Les mères qui travaillent présentent également des niveaux de stress plus élevés.
Nos résultats suggèrent que toute politique qui améliore le bien-être des parents est susceptible d'avoir des retombées bénéfiques pour les jeunes enfants. À l'inverse, toute politique qui accroît le stress des parents est susceptible d'avoir un impact négatif sur le développement des enfants.
Cela signifie que les agences gouvernementales qui soutiennent les familles doivent faciliter autant que possible l'accès à ce soutien et veiller à ce qu'il soit fourni de manière cohérente et avec certitude.
