Les enfants « difficiles » sont légèrement plus susceptibles d’avoir des relations insécurisantes avec leurs parents
Selon nos recherches, les enfants au tempérament difficile, qui se caractérisent par des tendances personnelles telles que l'irritabilité et la difficulté à se faire réconforter, sont légèrement plus susceptibles que les autres enfants d'entretenir des relations d'attachement précaires avec l'un ou les deux parents. Cette constatation réfute l'idée de longue date défendue par de nombreux psychologues selon laquelle les comportements d'attachement précoces sont principalement déterminés par le tempérament de l'enfant.
Une relation d'attachement reflète les attentes de l'enfant envers la personne qui s'occupe de lui en cas de besoin. Un attachement sécurisant est probable si la personne qui s'occupe de lui est constamment disponible et apporte un soutien émotionnel lorsque l'enfant est inquiet. Cependant, si un enfant apprend que la personne qui s'occupe de lui ne sera pas là en cas de besoin ou ne le calmera pas efficacement, il est probable qu'il développera une relation d'attachement insécurisant avec cette personne.
En tant que chercheurs en psychologie clinique et en études sur l’enfant et la famille, nous nous intéressons à la manière dont la qualité des relations entre l’enfant et la personne qui s’occupe de lui affecte le développement de l’enfant.
Il s’agit en partie de comprendre ce qui influence la façon dont se forment les liens parents-enfants. Même les nourrissons présentent des différences marquées de tempérament, et certains psychologues ont avancé que ces dispositions individuelles peuvent également expliquer la façon dont les jeunes interagissent avec les personnes qui s’occupent d’eux. Même le parent le plus sensible et le plus aimant peut se sentir mis à l’épreuve lorsqu’il s’occupe d’un enfant difficile. Cette dynamique influence-t-elle la qualité de leur relation d’attachement ?
Comment nous faisons notre travail
Avec 29 autres chercheurs, nous avons lancé un consortium de recherche pour étudier la qualité des relations d’attachement des enfants avec leurs mères et leurs pères – ou ce que nous appelons leurs réseaux d’attachement.
Pour cette méta-analyse, nous avons combiné des données recueillies au cours des 40 dernières années auprès de 872 enfants de familles nord-américaines.
Les chercheurs ont observé ces enfants interagir séparément avec leur mère et leur père et ont réalisé des évaluations conçues pour évaluer les comportements d'attachement des enfants : comment recherchent-ils du réconfort en cas de besoin ? Avec quelle facilité trouvent-ils du réconfort auprès de leurs parents ? Comment explorent-ils leur environnement en présence de leurs parents ?
Les parents ont également indiqué le degré de tempérament difficile de leur enfant. Dans quelle mesure l'enfant était-il susceptible d'éprouver des émotions négatives intenses, telles que la colère, la tristesse ou la peur ?
Il semblait logique que les enfants ayant un tempérament plus difficile aient tendance à avoir des relations d’attachement plus précaires au sein de la famille – mais ce n’est pas exactement ce que nous avons constaté. Au contraire, un tempérament difficile n’avait que très peu à voir avec le nombre de relations d’attachement précaires qu’un enfant entretenait avec ses parents.
Les tendances plus marquées à un tempérament difficile n’ont eu qu’un impact très faible – moins de 1 %, selon notre analyse statistique – sur la probabilité que les enfants aient de multiples relations d’attachement insécurisantes. Et le tempérament n’était que légèrement plus difficile chez les nourrissons qui avaient un attachement insécurisant avec les deux parents plutôt qu’avec un seul ou aucun des deux.
Pourquoi c'est important
Des recherches récentes menées par notre consortium ont révélé que les enfants qui développent des relations d’attachement sécurisées avec leur mère et leur père ont tendance à présenter moins de symptômes d’anxiété et de dépression, ainsi que de meilleures compétences linguistiques, par rapport à ceux qui n’avaient qu’une seule ou aucune relation d’attachement sécurisée dans leur famille biparentale.
Les résultats de notre dernière étude suggèrent que même les enfants ayant des caractéristiques innées de tempérament difficile peuvent bénéficier des avantages que procurent de multiples attachements sécurisants. Ces résultats pourraient rassurer les parents inquiets.
Ce qui n'est toujours pas connu
Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour expliquer la faible augmentation des attachements insécurisant que nous avons identifiée chez les enfants ayant des tempéraments difficiles.
Par exemple, le tempérament difficile des enfants augmente la probabilité d'une parentalité négative, notamment de comportements colériques, coercitifs et trop contrôlants. Ces comportements peuvent à leur tour intensifier les émotions négatives des enfants. Au fil du temps, il est possible que cette voie à double sens de réactions négatives augmente la probabilité de relations d'attachement précaires entre l'enfant et ses parents.
Les interventions qui favorisent une parentalité positive et une discipline sensible augmentent la sécurité de l'attachement des enfants à leurs parents. Ainsi, les parents peuvent favoriser un attachement sûr en s'efforçant délibérément d'être plus sensibles aux besoins émotionnels de l'enfant.
Une chose est claire : les relations d’attachement sécurisées, qui jouent un rôle essentiel dans le développement cognitif et émotionnel, ne sont pas fermées aux enfants nés avec un tempérament difficile.
